Communauté, culture et innovation

Que dire après ces 8 jours de rdv multiples à San Francisco ?

De nombreux rdv tournaient autour des communautés, notre sujet de prédilection, que ce soit au niveau de leur technologie, de leur création, évolution... ou autour des caractéristiques propres à l'innovation ici en Californie.

Howard Rheingold qui organise ses rendez-vous en marchant dans les magnifiques montagnes derrière le Golden Gate Bridge à Mill Valley voit dans les systèmes ouverts et la culture ouverte la raison du succès de la Californie, par rapport à la route 128 à Boston par exemple. Une question légale va également dans ce sens : les clauses de non concurrence ne sont pas applicables en Californie d'où les changements fréquents de job d'une société à l'autre... La Data team de Facebook compte ainsi des ingénieurs venus de Google, Amazon, Oracle...

Avec Georges Nahon d'Orange Labs San Francisco, nous avions abordé l'une des théories en vogue, popularisée par plusieurs livres dont « From Counterculture to Cyberculture » par Fred Turner.

L'idée est que le succès de la Silicon Valley repose en bonne partie sur la culture californienne très particulière, héritage de la contre culture des années 60 et 70. Une culture anti etablishment, dont la célèbre pub pour le lancement du Mac en 1984 face à IBM est un bon exemple, également très individualiste, égalitaire avec un coté messianique voulant changer le monde pas seulement faire de l'argent.

Venant de Paris, c'est assez impressionnant de voir dans la même salle, discutant, échangeant... des employés de Google, Myspace, Facebook... Les principales sociétés du net sont dans un rayon d'une cinquantaine de km, ils paraissent concurrents, voire ennemis de loin, mais ici, ils échangent beaucoup sur de nombreux sujets... C'est la fameuse coopétition.

Au niveau de l'ouverture, dans ces conférences, no-conférences... il règne toujours une très grande simplicité, convivialité... Dans ces salles se côtoient sûrement plusieurs multi-multi-millionnaires (voir beaucoup plus), des étudiants, des start-ups plus ou moins argentées, majoritairement mâle, jeunes mais plus seulement, chez Google il y a même des cinquantenaires visiblement, et tout le monde est au même niveau, avec le même jean-basquet-chemise ou T-shirt, la seule importance étant les idées, les discussions...

A Paris, l'association Silicon Sentier dont nous sommes membres actifs depuis longtemps, travaille intelligemment, avec d'autres dont la FING..., à reproduire certains des éléments de cette alchimie avec des conférences, des Barcamps, des Mashpits, les Mobile Mondays, un nouveau lieu d'échange qui ouvre le 30 janvier prochain... Manque encore pas mal de choses dont la culture Business Angels encore trop peu développée en France. Ironie de l'histoire, les BA sont quelque peu malmenés ici en ce moment à cause des conditions draconiennes qu'imposent parfois les VC (Venture Capital) lors de leur entrée au capital d'une start-up.

En conclusion, un VC me disait : « venez vous installer ici ». Je n'irais pas jusque là mais je reviendrais plus souvent :).

Et vous, quelles sont vos expériences californiennes ?

Facebook Data Team

Facebook Data TeamA coté des conférences classiques, comme à Macworld, de nouveaux types de conférence ont émergés depuis quelques années. On les qualifie de « no conference » ou « un conference ».

Ce sont les Barcamp dont j'ai rencontré ici les fondateurs, ce sont les Mashpit, les Lunch 2.0, les Hackathon... Toute une série d'évènements (plutôt orientés développeurs mais pas seulement cf les Barcamp Banque à Paris...) créés pour favoriser les rencontres, les échanges et la créativité.

Hier par exemple un Lunch 2.0 : une société, ici organisé chez Yahoo, ouvre sa salle de réunion, offre les sandwichs et invite un speaker pour une heure de présentation avec questions réponses suivis de discussions en direct... Ils font cela tous les mercredi. Aujourd'hui c'était au tour de Jeff Hammerbacher, responsable de la Data Team de Facebook de présenter ses activités.

Simplement pour analyser les données des utilisateurs (logs, comportements,...), plus de 15 personnes (!!!) développe une infrastructure multi serveurs spécifique à l'analyse, les bases de données correspondantes (démarré avec MySQL vite abandonné pour Oracle), des outils d'analyse le plus souvent développés en interne et bientôt publiés en Open Source...

Comme l'a bien expliqué Bernard Girard dans son livre sur le management interne de Google, ces sociétés se reposent de plus en plus sur les données, leur analyse, les statistiques, les mathématiques...

Toutes les modifications apportées au site, même mineures (place d'un bouton, couleur...) sont testées en 2, 3, 4 versions différentes, mise en ligne sur des groupes d'utilisateurs différents puis les résultats sont analysés finement. Analysés, pas seulement comptés. Ainsi, parfois des différences faibles en terme de nombres deviennent significatives après analyse statistique.

Et comme nombre de ces sociétés très jeunes beignant dans la culture open source, Facebook va mettre en open source la majorité des outils qu'ils développent actuellement. Une culture très ouverte même si le responsable de la data team a du, de son propre aveux, censurer quelques passages de sa présentation en particulier sur les projets futurs. La transparence totale a des limites !